Attention à l'emploi et au pouvoir des mots

Les mots sont des bombes à retardement. Ils sont multiples de sens et presque toujours équivoques.
Ainsi chaque interlocuteur entend différemment ce qui lui est communiqué. En fonction de ce que sont les individus, de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils ont déjà vécu et des circonstances extérieures, les mêmes paroles seront interprétées de manière positive ou négative. Lorsqu’on se tourne vers le sens positif, il y a de grandes chances que le message véhiculé se diffuse partout dans le monde avant de revenir, chargé des bienfaits qu’il aura apporté à un grand nombre d’individus, vers celui qui en est à l’origine.

Parallèlement, les interprétations négatives porteuses de malfaisance se propagent à une vitesse phénoménale, surtout à l’heure des réseaux sociaux. En fait, les mots vont plus vite que les balles de fusils pour abattre les gens. Si le monde va si mal, c’est aussi parce que nous analysons le sens des mots de manière négative comme si nous étions inéluctablement attirés vers le pire.
A l’heure où l’on parle d’homme augmenté, au sens d’améliorer l’être humain par les technologies pour accroître ses possibilités, je dirais que pour le moment la seule amélioration qui vaille, pour nous-mêmes et le monde, et aussi la seule réellement efficace, est de façonner nos esprits dans un sens positif.

On peut tirer une nation entière vers le bas par la seule force des mots s’ils racontent sans cesse la peur, la tristesse, la haine et le malheur.

Les dirigeants, quel que soit leur domaine de compétence, associatifs, syndicalistes, politiques, ont une grande responsabilité car ils ont le devoir de guider vers le mieux ceux dont ils ont la charge.

Les hauts responsables ont l’obligation morale d’épargner le plus possible à leurs peuples les souffrances et de les sauver des griffes des hommes et des appareils qui les mènent, sans aucun scrupule, vers le pire.
Or, il est toujours plus facile de conduire les peuples vers la destruction. Il suffit de n’écouter personne, de faire taire la multitude et de tenir un discours de violence et de haine. Les responsables, en choisissant consciencieusement leurs paroles, doivent faire germer en chacun les graines d’une vision constructive du monde. Il serait en revanche suicidaire pour eux-mêmes de faire germer celles de la haine et ce, d’autant plus, que celles-ci se répandent plus vite que les premières. Ceux et celles qui exercent des responsabilités auprès d’un groupe, que ce soit une famille, une classe, une entreprise, un pays, tous ceux dont la parole est le royaume, comme dirait un grand philosophe, ont le pouvoir et le devoir d’emmener leurs auditeurs vers la construction d’un monde meilleur.

Les « chefs » doivent apporter la lumière aux groupes qu’ils dirigent. Ceux qui inspirent seulement la crainte seront malheureux dans leur famille, leur entreprise, leur ministère, leur palais, etc. La peur n’est jamais un bon outil pour conduire un groupe, un peuple. Car quand seule la peur guide l’action, rien de positif ne pourra advenir parce que rien, dans ce cas, n’est entrepris de bonne foi.
A contrario, ceux qui travaillent par amour ont la possibilité d’ouvrir de nouveaux horizons et de transformer le monde.

Bien sûr, l’autoritaire triomphe en apparence mais pour un temps donné et à quel prix ? Les dégâts sont irréversibles, il y parfois des morts et des blessés, et les victoires sont tristes. Les succès de la force laissent des séquelles durant de longues années. Ce que l’on perd dans les conflits, quel que soit son camp, ne se rattrape pas. C’est pourquoi, le chef magnanime est celui qui trouve toujours les mots justes pour éviter les conflits.

Un bon dirigeant


Un bon dirigeant est celui qui inspire des phrases comme « Comment ferait-on sans lui ! » car, lorsqu’il se murmure derrière son dos « Attention, il arrive ! » ou pire « qu’il s’en aille ! », c’est, en effet, qu’il n’est pas loin de la sortie, voire de la chute. Le langage c’est comme la cuisine, les mêmes ingrédients ne produisent pas le même résultat. Les mêmes mots peuvent être interprétés différemment selon les circonstances.

Il faut donc que les uns s’engagent avec sincérité lorsqu’ils prennent la parole (car il arrive que les mots disent une chose mais que le cœur en dise une autre) et que les autres, ceux qui analysent et commentent le fassent dans la perspective de contribuer à améliorer les choses afin de faire en sorte qu’ensemble ils conduisent le maximum de personnes vers une vision constructive de l’existence.

Aujourd’hui plus que jamais il y a une soif de justice et de fraternité. Or, c’est l’esprit de partage, de solidarité qui rend heureux, qui satisfait l’esprit.


Il est urgent de sortir de cette propension malheureuse qui pousse certains à avoir toujours plus quand dans le même temps, parfois sous leurs yeux, leurs concitoyens manquent de tout. Au fond, pour être heureux, individuellement et ensemble, il suffirait de rendre dix personnes heureuses. Manger ses huîtres et son caviar seul ne procure pas la même joie que si on les partage. Il est vrai qu’il n’est pas facile de donner mais le partage n’est pas uniquement matériel. On peut partager des idées, des valeurs, partager des instants de paix, de joie. Il faut, dans tous les cas, partager le meilleur de nous-même et mettre de côté ce que nous avons de pire : la haine, l’envie, la jalousie. Et il faut s’appliquer à éradiquer ce qui est mauvais en nous-même.

Le dialogue est un besoin et une nécessité


mais le choix des mots a des conséquences et peut engendrer le meilleur comme le pire.
Il incombe à chacun de parler et d’écrire pour apaiser, non pour dominer, humilier ou semer la discorde mais pour bâtir un monde éthique où chacun sera reconnu comme un individu éminemment respectable, simplement parce qu’humain.

Je souhaite qu’en 2019, tous, en particulier les responsables, puissent trouver les mots justes pour amorcer le dialogue, apaiser les colères et permettre à chacun de retrouver une énergie constructive. Bonne année 2019 à tous !

Yancouba AÏDARA Président de la Fondation AÏDARA Chérif (FAC)